Maltraitance envers les personnes âgées : un sujet brûlant d’actualité

Poussé par des avancées médicales et technologiques fulgurantes, le prolongement de la vie connaît, chaque année, un avancement constant. Dans le sillage d’une population vieillissante grandissante, l’OMS note un constat glaçant : en 2021, 1 personne âgée sur 6 aurait été victime de maltraitance. En cette Journée mondiale de lutte contre la maltraitance des personnes âgées, retour sur la situation avec le Dr Pascale Dinan, spécialiste en gériatrie.

Qu’entend-on exactement par la maltraitance des personnes âgées ?

Pour pouvoir cerner cette problématique, il faut différencier les termes de « bientraitance » et de « maltraitance ». Selon l’ANESM, la bientraitance est une véritable culture qui va s’inspirer des actions individuelles et des relations collectives. Elle a pour but de promouvoir le bien-être de la personne vulnérable, en individualisant et en personnalisant la relation à cette dernière. La maltraitance, quant à elle, consiste selon l’OMS en un «  un acte unique et répété, ou en l’absence d’intervention appropriée, dans le cadre d’une relation censée être une relation de confiance, qui entraîne des blessures ou une détresse morale pour la personne âgée qui en est victime ». Ces actions, qu’elles soient intentionnelles ou non, correspondent à une violation des droits humains.

Existe-t-il plusieurs types de maltraitance ?

Il existe 7 types de maltraitance. Elle peut être physique, avec des violences ou une contention physique infligées à la personne, ou psychologique avec des violences verbales et autres pressions et actions punitives exercées sur la personne. On retrouve aussi la maltraitance iatrogène (un excès ou un défaut de traitement médicamenteux), financière (spoliation, extorsion…), institutionnelle (perte de liberté de mouvement, aide inadéquate…), civile (atteinte à la liberté et à la dignité) ou encore sociétale (âgisme et préjugés discriminatoires envers ces personnes).

Quels facteurs peuvent mener à une telle situation ?

Il existe, selon le Pr Robert Moulias, six piliers de la maltraitance : la faiblesse de la victime, l’inconscience des besoins de la personne et de son humanité, l’ignorance des bonnes pratiques, le silence de la victime, l’isolement social et, enfin, l’environnement. La plupart du temps, ces actes de maltraitance ne sont pas intentionnels et découlent de la surcharge physique et morale de l’aidant, d’où l’importance d’une formation adaptée. Pour ce dernier, de nombreux facteurs entrent en compte comme, par exemple, une problématique sociale, des problèmes d’insertion, ou encore un comportement inadéquat (humiliation, insultes, etc.) envers la personne soignée.

Quels sont les signes qui doivent alerter ?

Il faut avant tout rester attentif à tout changement de comportement. La personne peut tout d’un coup devenir méfiante ou même présenter des symptômes dépressifs comme de la tristesse, du retrait sur soi, de la perte d’initiative. Au niveau physique, on peut observer l’apparition d’ecchymoses ou de chutes répétées et non explicables, ou encore une apparence physique négligée. La personne concernée peut aussi se plaindre de troubles psychosomatiques particuliers. Parfois, on se rend compte que les explications de la personne âgée et du soignant divergent et cela peut aussi nous mettre la puce à l’oreille.

Une fois un cas de maltraitance découvert, quelles sont les étapes à suivre ?

Il existe deux hotlines à Maurice qui permettent de signaler les cas d’abus : le 172 et le 199. Parallèlement, l’avènement en 2006 du Welfare and Elderly Persons’ Protection Unit (WEPPU), a permis de gérer et de prendre en charge ces cas. Des antennes de « Elderly Watch » sont aussi réparties dans chaque région et œuvrent, elle aussi, à la promotion du bien-être des personnes âgées en mettant en place des actions qui permettent de prévenir ces abus. Une fois la plainte déposée, une enquête est ouverte et une prise en charge adéquate initiée.

D’un point de vue psychologique, la maltraitance s’inscrit aussi dans ce phénomène d’exclusion que vit souvent la personne âgée. Comment la prévenir et l’empêcher ?

Si certaines personnes âgées maintiennent une vie active en s’occupant, par exemple, de leurs petits-enfants ou en se concentrant sur leurs hobbies, d’autres ont tendance à s’isoler du monde extérieur, renforçant par la même occasion leur sentiment de solitude, ce qui peut leur être préjudiciable. Il faut impérativement briser l’isolement social que peut ressentir la personne et c’est à la famille qu’incombe, le plus souvent, ce rôle. L’ONG Groupement  FIAPA Océan Indien propose de façon hebdomadaire tout une panoplie d’activités  et la reprise de sorties en groupe en respectant la jauge sanitaire. Il faut donc, autant que faire se peut, garder ce lien avec l’extérieur.

La maltraitance à domicile étant la plus courante, le placement en maison de retraite permettrait-il d’éviter ce genre de situation ?

La majorité des cas de maltraitance ont effectivement lieu à domicile. Si la maison de retraite peut agir en tant que garde-fou contre la maltraitance, cela ne veut pas forcément dire qu’elle y est imperméable ! La plupart du temps, cette maltraitance n’est pas intentionnelle et peut, par exemple, découler d’une surcharge de travail. Elle peut aussi se faire d’une façon plus insidieuse, où l’aidant a beau agir avec la plus grande bienveillance, il ne répond pas de façon adéquate aux besoins de la personne. C’est pour cela que chaque institution devrait avant tout établir une charte de bientraitance pour développer tout une culture autour de cette notion et former ses professionnels pour bien diffuser cette culture.

 

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